Pourquoi Paul Hudson, DG de Sanofi, a-t-il été brutalement évincé ?

On espère que P. Hudson, le DG de Sanofi, a le cœur bien accroché (et pas tendance à la migraine…) : il vient d’être éjecté de son poste, et c’est l’Espagnole B. Garijo qui va prendre la relève.
Comment en est-on arrivé là ? En posant ses valises chez Sanofi, P. Hudson avait une mission : “revitaliser la pipeline” comme on dit dans le milieu. Concrètement, le brevet du Dupixent, leur traitement star qui a encore généré un tiers du chiffre d’affaires du groupe en 2025 (13 milliards sur les 43,6), arrive à échéance en 2031 : à partir de cette date, des versions génériques vont grignoter ses parts de marché.
Problème : P. Hudson a cherché un successeur à sa star sans jamais le trouver. Les derniers essais cliniques de Sanofi - des traitements contre la sclérose en plaques, le cancer du sein et l’eczéma - ont été des flops. Pour ne rien arranger, il a un peu survendu les prochains médicaments aux investisseurs et a vraiment vendu - par contre - Opella, la branche du groupe derrière le Doliprane (trahison, disgrâce).
Résultat : Depuis l’arrivée du DG en 2019, l’action Sanofi n’a progressé que de 1% alors que celles des rivaux comme AstraZeneca ont doublé. Le conseil d’administration a donc refusé de renouveler son mandat et, contrairement à lui, eux ont trouvé très vite un successeur : B. Garijo, une médecin de formation actuellement à la tête du groupe pharma allemand Merck KGaA.
- À noter : Elle devient la 1ère femme à ce poste et rejoint le club très fermé des directrices générales du CAC 40 (aux côtés de C. MacGregor d’Engie, C. Heydemann d’Orange, E. Brachlianoff de Veolia et H. Gharbi de Bureau Veritas).
Un peu de recul. B. Garijo part sur de bonnes bases. Développer un médicament prend entre 7 et 10 ans, et avec une filière R&D qui a été boostée par P. Hudson, le groupe peut encore trouver un Dupixent bis avant 2031. Plus encore, B. Garijo pourrait réorienter le groupe vers l’acquisition de + petits concurrents.
- L'action Sanofi a quand même perdu 6% après l'annonce. Les investisseurs sont en pleine tempête émotionnelle, pour cause : l’action Merck KGaA a perdu 14% depuis la nomination de B. Garijo en mai 2021, sans compter son âge (65 ans), qui inquiète. Mais pour ses défenseurs, elle a relancé la R&D du groupe + réalisé de belles fusions-acquisitions.
Bref. Si on se concentre uniquement sur le chiffre d’affaires du groupe (+10% en 2025) et son résultat net (+40% en 2025), P. Hudson laisse un groupe en bonne santé. Mais sans innovation, il pourrait bien s’écraser ou attraper un coup de fièvre…










