Pourquoi le cinéma français est-il si dépendant de Canal+ ?

Cannes n’est pas que champagne, caviar et tapis rouge. Après la tribune publiée contre V. Bolloré, Canal+, premier financeur du cinéma français et propriété du milliardaire, ne travaillera plus avec les signataires.
Dans les faits : Selon le collectif Zapper Bolloré, à l’origine de la tribune, le milliardaire contrôlera bientôt toute la chaîne de fabrication des longs métrages, en partant du financement jusqu’à la diffusion.
- Pour cause, dès 2028, le milliardaire pourrait bien prendre le contrôle des cinémas UGC, le 3ème réseau français, dont il a déjà 34%.
- Plus globalement, Canal+ assure déjà à lui seul 43% des apports des diffuseurs dans le financement des films français. Cette année, il présente même un nombre record de films à Cannes (49 dans son catalogue).
Comment en est-on arrivé là ? Début 2025, Disney avait signé un deal pour pouvoir diffuser ses films et d'autres productions françaises sur sa plateforme 9 mois après leur sortie en salles. Le tout en échange d'un financement du cinéma tricolore (25% de son chiffre d’affaires annuel net français réinvesti dans la création audiovisuelle européenne).
- "Et pourquoi pas nous ?" a réagi Canal+ qui s’est alors, lui aussi, engagé à financer le cinéma français : 480 millions d’euros minimum jusqu’en 2027, pour pouvoir diffuser les films 6 mois à peine après leur sortie.
Un peu de recul. En réalité, cette somme est en dessous des habitudes du groupe qui a réduit ses investissements dans le secteur de presque 14% entre 2024 et 2025 (155,6 millions d’euros). En clair, selon l’accord, il devrait donc investir 160 millions en 2026 et 170 en 2027, contre 220 millions prévus initialement.
- Concrètement, c’est toute l’industrie qui est en difficulté. Certes, les salles ont enregistré une hausse de presque 20% de la fréquentation sur un an entre le 1er janvier et la fin avril. Mais on reste bien loin des niveaux pré-Covid (213 millions en 2019).
Bref. Avec la baisse des financements de Canal+, on risque de voir de moins en moins de films français à l’affiche. Et les plateformes de streaming ont beau contribuer (76 millions injectés dans des films français en 2025), ça ne suffira pas à compenser. En clair, profitez de votre pop-corn tant qu'il est encore chaud.











