Le pari risqué des États-Unis sur le pétrole vénézuelien

Maison Blanche
Publié le
5/1/2026

On aurait pu commencer l’année tranquille, mais non : D. Trump a décidé d’écrire l’histoire avant même l’arrivée des premières galettes des rois…

Dans les faits : Après des mois de pressing, les États-Unis ont mené une opération militaire au Vénézuela dans la nuit du 2 au 3 janvier, et capturé le président N. Maduro et son épouse. Transféré aux USA, N. Maduro, qui est notamment inculpé pour narcoterrorisme et importation de coca*ne aux États-Unis, comparaîtra ce lundi devant un juge à New York. Et Washington contrôlera le Vénézuela en attendant de trouver une solution durable.

Pourquoi le Vénézuela ? D. Trump a toujours parlé de narcotrafic, mais ses récentes déclarations ont permis d’y voir plus clair…

1. Montrer les muscles. Depuis 20 ans, la Chine tisse tranquillement sa toile en Amérique latine : ports au Pérou, station spatiale en Bolivie, accords de libre-échange... Quelques heures avant le “drame”, N. Maduro posait même aux côtés de Q. Xiaoqi, l’envoyé spécial chinois pour l’Amérique latine. Le message est désormais clair : en Amérique, c’est Washington qui décide.


2. Le pétrole. Le Vénézuela, c’est 300 milliards de barils en réserve, soit près de 20 % des ressources mondiales. Depuis qu’H. Chávez, précédent président, a nationalisé les actifs étrangers, les majors occidentales réclament 60 milliards en compensation. D. Trump a donc annoncé l’implantation de pétrolières américaines au Vénézuela et des milliards de dollars d’investissements.


Problème : Le Vénézuela ne profite plus de ce trésor. Nationalisée en 1976, la production de pétrole s’élevait à 3,5 millions de barils/jour dans les années 90. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 800 000, plombé par des infrastructures obsolètes et la fuite d’ingénieurs.


Un peu de recul. Selon Rystad Energy, 110 milliards de dollars seraient nécessaires pour revenir au niveau d’il y a 15 ans, soit deux fois les investissements mondiaux des majors américaines en 2024. Et malgré les grandes annonces de D. Trump, elles se font encore toutes discrètes pour le moment…

  • Pourquoi ? Sans garanties claires ni visibilité sur la rentabilité, elles ne se bousculeront pas, d’autant que le marché est déjà saturé avec la montée en puissance du Brésil, du Guyana et des États-Unis.

  • Dans le meilleur des mondes, la production grimperait à 1,8 million de barils/jour d’ici 2028 selon Kpler. Mais à ce niveau, c’est encore du karting…

Bref. Le Vénézuela est potentiellement une vache à lait, mais la rentabilité, elle, prendra des années - si elle arrive. En attendant, le prix du pétrole a baissé hier soir compte tenu de l'incertitude, ce qui profite à l'or et à l'argent, comme d'habitude... Autre point de crispation : la Chine pourrait s’appuyer sur cette intervention américaine menée sans feu vert de l’ONU pour justifier une approche plus agressive sur Taïwan, d’autant que D. Trump vient de déclarer qu’il "a besoin du Groenland" un jour après avoir menacé Cuba.