L’AIE va libérer 400 millions de barils de pétrole sur les marchés, mais ia risque de ne pas suffire

Publié le
11/3/2026

Lundi, les 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) hésitaient encore à taper dans leurs réserves de pétrole, mais plus maintenant : ils vont libérer 400 millions de barils pour atténuer le prix du pétrole.

Flashback. 400 millions, c’est bien plus que les 180 millions de barils libérés en 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Et pour rappel, en 2022, l'annonce n'avait pas eu l'effet escompté : tel un SMS “il faut qu’on parle” reçu à minuit, l’annonce de l’AIE avait fait paniquer les investisseurs, qui l’avaient interprété comme un signe que la crise était + grave que prévu. Le baril de Brent avait pris 20% avant de redescendre au fil des semaines.

Alors, on est bon avec ces nouveaux barils ? Pas vraiment. Le détroit d’Ormuz, où le passage des bateaux est encore perturbé, reste irremplaçable. Pour rappel, près de 20% du pétrole mondial transite par ce détroit, et s’il reste bloqué + de 3 mois et que les raffineries iraniennes sont abîmées, le prix du baril pourrait grimper à… 150 dollars. Une telle hausse pourrait créer un choc énergétique similaire au choc pétrolier de 1973.

Problème : L’annonce de l’AIE n’a pas freiné l’envolée du cours du pétrole qui a atteint ≈ 98 dollars le baril (+7,15%), d’autant que la perspective d’une guerre longue se précise :

  • Les États-Unis et Israël ont étendu le périmètre de leurs frappes et visent maintenant des écoles, hôpitaux et surtout des dépôts de pétrole, en + des cibles militaires. Et de son côté, l'Iran promet “frappe après frappe” contre les installations américaines du Golfe, et le pays a aussi revu ses exportations de pétrole à la hausse, et peut donc continuer à financer son effort de guerre.

  • Pendant ce temps, le bilan humain grimpe aussi : en 12 jours, 1 262 Iraniens, 486 Libanais, 11 Israéliens et 7 soldats américains ont été tués.

Un peu de recul. Malgré ces tensions, les prix de l’énergie restent inférieurs aux sommets atteints lors du choc énergétique de 2022. Mais selon P. Kazimir, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, les comportements ont bien changé aussi depuis 2022…

  • Il estime que les entreprises pourraient répercuter plus rapidement la hausse des coûts sur les consommateurs, et que les salariés seraient plus enclins à réclamer des augmentations de salaire. En clair, le cercle vicieux inflationniste pourrait être relancé.

Bref. Malgré ces risques, la BCE reste zen. En revanche, en France, S. Lecornu dit réfléchir à encadrer les marges des distributeurs : “Si les prix sont montés si vite, car ils ont été très vite répercutés, ils doivent redescendre aussi vite.” Des discussions sont d’ailleurs prévues avec les distributeurs aujourd'hui.