Les fonds d'investissement ont-ils trop de pouvoir en France ?

Mathieu Stern/Unsplash
Publié le
15/6/2026

Les fonds d’investissement ont trop de pouvoir en France selon la dernière commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur le sujet.

Pourquoi on en parle ? Ce qui est principalement ciblé dans ce rapport, ce sont les rachats d’entreprise par effet de levier (ou LBO pour les intimes), et la France est l'un des “marchés les + actifs de cette industrie” selon les données de la Banque de France.

Rappel : Le LBO (Leveraged Buy Out) consiste à racheter une entreprise principalement avec de la dette plutôt qu’avec son propre cash. Ensuite, ce sont les revenus tirés de la boîte rachetée qui vont rembourser la dette contractée par le fonds (via une holding créée pour l'opération).

  • Résultat : Les rendements potentiels explosent pour les fonds qui récupèrent un important retour sur investissement (puisqu’ils n’ont pas eu à dépenser eux-mêmes l’argent qui a servi au rachat).

Problème : Ce genre de transaction, c’est super pour les fonds qui s’en mettent plein les poches, mais pour les entreprises ciblées, un peu moins. Le cash généré est mobilisé pour rembourser l’emprunt, ce qui veut parfois dire moins d’investissements en R&D, plus de réductions des coûts, de plus gros risques de faillite en cas de baisse d’activité…

  • Un an après l’opération, la probabilité de défaut des entreprises sous LBO est 44% + élevée que les autres puisque les entreprises ciblées portent la charge d'une dette qu'elles n'ont pas contractées elles-mêmes.  

  • Les fonds d’investissement “ont envahi notre économie” explique A. Trouvé, la députée à l’origine de l’enquête. Elle les accuse également de privilégier le profit à tout prix (tels des “fonds vautours”).

Concrètement, ce que la commission reproche aux fonds, c’est le manque de pérennité de ce modèle économique. Les entreprises passent de main en main en fonction du bon vouloir des actionnaires et des dividendes, et les employés sont souvent les premiers à souffrir de la situation. A. Trouvé demande donc + d’encadrement de l’État, avec un durcissement des règles et des impôts.

  • Pourquoi ? Ce qu’il faut savoir, c’est que la dette génère des intérêts, et ces intérêts sont déductibles du résultat imposable. En clair, plus une société s’endette, moins elle paie d'impôts… Sur un LBO avec 80% de dette, l'économie fiscale est massive - elle améliore mécaniquement le rendement pour l'actionnaire.

Un peu de recul. France Invest, acteur clé du secteur, dénonce de son côté une vision faussée et affirme que les pratiques ont changé. Ces dernières années, les fonds investissent + dans les entreprises rachetées pour les soutenir.


Bref. Chaque année depuis 2007, ≈ 400 entreprises connaissent un LBO, et à 1 an des élections présidentielles, le sujet risque clairement de s’imposer dans les débats, donc on n’a pas fini d’en entendre parler.