Mistral est-elle vraiment dans la place ?

La valorisation de la startup d’IA française grimpe à 21 milliards d’euros grâce au dernier tour de table à 3 milliards, mené par Samsung. Mais est-ce que ça suffira ?
Pourquoi on en parle ? C’est tout simplement la + grande levée jamais réalisée dans la tech privée en Europe, et l’occasion pour Mistral de dissiper les doutes sur sa capacité à incarner la souveraineté du continent. Surtout quand le ministre de l’Économie lui-même dit que "si l'IA européenne se résume à Mistral, alors nous sommes fichus".
Dans les faits : La valorisation de la startup a presque doublé depuis sa dernière levée de fonds il y a un an. Les fonds serviront notamment à des projets d’expansion aux États-Unis, en Asie et en Europe, mais aussi à développer des modèles d’IA pensés pour l’industrie, à intégrer dans des processus de fabrication.
- Le secteur est d’ailleurs “un des principaux atouts” de l’entreprise, si on en croit son CEO, A. Mensch. Pour rappel, Mistral a conclu des accords avec des géants européens comme Airbus, BMW ou encore ASML, le fabricant de semi-conducteurs sur lequel tout l’écosystème IA mondial repose…
Et justement, c’est en partie ce qu’on lui reproche. Parce qu’entre-temps, la startup s’est fait devancer - et de très loin - par tous les autres modèles d’IA du secteur : son chatbot 100% made in France, l’ex-Le Chat (rebaptisé Vibe, moins félin), est largement dépassé par les modèles américains (Claude, ChatGPT, Gemini...) et même chinois (DeepSeek, Kimi...).
- En clair, voyant qu’elle ne séduisait pas particulièrement les utilisateurs, la startup s’est tournée vers les clients institutionnels et le conseil, délaissant son premier amour chatbot. Elle compte notamment héberger sur ses prochains data centers de nombreux modèles d'IA open source.
Résultat : Mistral entend les critiques et compte sortir un nouveau modèle en fin d’année, qui lui permettra de rattraper son retard technique, affirme G. Lample, cofondateur et scientifique en chef de la startup.
Un peu de recul. Le retard est-il seulement rattrapable ? Mistral s’impose certes de + en + dans le paysage IA européen, à coups de partenariats et (bientôt) de data centers. Mais en face, le fossé avec la concurrence internationale se creuse aussi, surtout alors qu’OpenAI et Anthropic se préparent à entrer en Bourse.
Bref. Malgré une nouvelle levée de fonds record, Mistral est encore loin de faire le poids face aux géants américains : l'entreprise devrait atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires cette année, pas mal (même si ça reste 65 fois moins qu’Anthropic).










